LE RENARD PÂLE
EDITIONS
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« Les Garces »
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Patricia Dupuy pour la revue Area en septembre 2009
…À propos de la collection « Les Garces »
La collection s’intitulera « Les Garces » car l’humour n’est pas étranger à notre volonté de redorer le « blason » féminin ! Honoré de Balzac dit à ce sujet dans « Les Chouans » : « Cette tendance à prendre les mots en mauvaise part produit de fâcheux effets. « Garce » avait un sens très bon, on l’a rendu déshonnête ; il a fallu prendre « fille » Aujourd’hui « fille » est devenu déshonnête à son tour en certains cas : on ne peut plus dire une pension de filles : il faut dire une pension de jeunes filles… Où s’arrêtera-t-on ? Beaucoup de vocables féminins sont devenus péjoratifs, nous espérons rendre à ce joli mot son sens premier !
1 Comment vous est venue cette idée de collection et pourquoi vous tient-elle à coeur ?
L’idée de cette collection de poétesses de l’antiquité à nos jours, illustrés par des femmes contemporaines a germé suite à plusieurs constats et désirs conjugués : après avoir édité une cinquantaine de livres d’artistes, je me suis rendu compte que la proportion de femmes dans mon catalogue était très mince ! j’ai débuté ce travail éditorial, aidée par quelques artistes dont Lucien Clergue et de fil en aiguille, d’amitié en affinité je me suis laissée guider par les rencontres « naturelles » qui se mettent en place dans le milieu artistique et force fut de constater que les femmes y étaient peu présentes ! Ensuite après avoir publié des poèmes d’auteurs contemporains, le désir m’est venu « d’enraciner » notre travail éditorial dans les fondamentaux de la culture littéraire et parallèlement, redécouvrir des poétesses connues ou non, oubliées sous des piles de livres épuisés ! Ces poèmes pour la plupart, libres de droits, offrent une liberté sans pareil pour prospecter dans les méandres de la mémoire. Enfin, après avoir analysé le fait qu’il fallait faire une démarche volontaire pour que les femmes émergent dans le domaine de la bibliophilie, j’ai pris contact avec des artistes dont la recherche sur « l’intime » s’alliait étroitement aux écrits de femmes de toutes les époques. Cette démarche peut être qualifiée de « féministe » car si les femmes étaient très représentées dans le marché de l’art dans les années quatre-vingt, leur place est aujourd’hui réduite dans cette sphère nettement influencée par des référents spéculatifs en période de « crise » . … Et puis, demeure aussi le plaisir du partage, cette curiosité foisonnante que les femmes cultivent et surtout, l’implication totale et sincère de chacune d’entre elles dans leur engagement artistique.
2 Quels en seront les premiers ouvrages ?
- Chaque ouvrage, s’il fait partie d’une même collection aura la forme et priviligiera les matériaux qui conviennent à chaque artiste. L’unité de formes n’est pas souhaitée, seule l’unité de démarches vers la mise en « contemporanéité » du texte choisi, sera commune à chaque artiste. Notre collection débutera par les poèmes d’Alfonsina Storni, poétesse argentine, illustrés par Martine Lafon qui, artiste subtile, jouera du plexiglas et de la couleur rouge dans la composition du livre. - Le second livre est confié à Anja Kopp qui a préféré « investir » les poèmes d’Anna de Noailles dont elle admire particulièrement la liberté d’être. C’est à la gouache sur Arches qu’elle ornera ou enluminera les 7 poèmes qu’elle a Choisis. -Le troisième ouvrage : Sophie Saintrapt, dont les dessins à l’encre d’une sensualité débordante s’accordent merveilleusement aux poèmes saphiques de Renée Vivien. Sa lecture attentive des textes l’invite à se fondre dans un « baiser pictural » au cœur des images poétiques. - Le livre suivant, 7 poèmes de Lucie Delarue, sera accompagné de photographies originales en tirages argentiques de Kathy Cooper, dont l’insolence et la liberté de ton, collent charnellement aux poèmes dévorants de Madame Delarue Mardrus, épouse du traducteur des « Mille et une nuits »…
3 Au sein de votre travail éditorial, que souhaiteriez-vous mettre en avant autour du désir, de l'érotisme vus au féminin ?
je souhaite simplement proposer une plage de liberté et de création pour cette part d’expression féminine au sein du livre d’artiste, laisser libre cours à la diversité, la sensibilité, les phantasmes et l’imaginaire des femmes rencontrées. Généraliser ce qui touche à l’intime me paraît fallacieux, en revanche, Il me semble malgré tout que la notion de « plaisir » à créer une œuvre érotique prend source au cœur du désir des femmes : une jouissance transcendée à offrir, à partager…
4 Y a t'il de nouveaux auteurs femmes (et peintres)…
Si l’on parcourt l’expression poétique des femmes à travers les siècles passés, cet art reste souvent un moyen d’exprimer des sentiments et des émotions liés à l’amour (souvent la déception ou l’impossibilité), exalter la nature également, en référence à Dieu : l’exemple le plus parlant étant Marcelline Desbordes-Valmore. C’est dans la part étroite de la poésie saphique que les femmes expriment au court du temps, le plaisir, une certaine violence de ressentis, le désir d’appartenance, enfin une liberté de ton habituellement réservée aux hommes (Sappho, Renée Vivien, Lucie Delarue…) Actuellement, l’expression poétique des femmes s’inscrit dans l’espace de liberté et de reconnaissance qu’elles ont acquis, l’écoute plus large dont elles jouissent et la culture à laquelle elles ont naturellement accès. L’érotisme vénusien s’affranchit au vingtième siècle grâce à des écrivains telles, Gabrielle Witkopp, héritière féminine du Marquis de Sade ou Alina Reyes qui donne à l’érotisme féminin une dimension politique tout en sachant demeurer charnelle et jouissive. Elles ont ouvert, entre autres, une voie buissonnière sur laquelle s’engagent les artistes et les auteures qui se livrent avec délectation à l’exploration de l’érotisme au féminin, armées d’une palette nuancée, aussi riche que celle de leur propre corps, aux variétés de plaisirs infinis…
Même s’il faut pour cela, mettre parfois le pied dans la porte du monde de l’art…
Patricia Dupuy |
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