LE RENARD PÂLE ÉDITIONS
Patricia Dupuy, plasticienne du livre

Qu’est-ce qu’une plasticienne du livre ? 

Le concept du livre objet fit son apparition et gagna en reconnaissance artistique au début des années 1970 grâce à des éditeurs tels que Robert Morel et une des toutes premières plasticiennes du livre : Odette Ducarre,  ou plus encore avec François Di Dio qui fit de la profession éditoriale une véritable création artistique au sein du Soleil Noir.

Libérant la notion traditionnelle du livre illustré, ces novateurs inventent un livre qui n’est plus seulement un contenant aux règles invariables, indifférent au contenu. Ils associent l’expression et la signification de l’œuvre au sein de la forme même du livre qui devient à son tour partie prenante de l’œuvre.

Cette pratique artistique à part entière, en adéquation avec les auteurs, a contribué à faire du livre une œuvre d’art totale, un objet créatif original qui véhicule des informations, tant textuelles, formelles, que visuelles.

Depuis les premiers livres futuristes, le livre d’artistes contemporain, conçu par un artiste seul ou en collaboration, est libre de son contenu et de sa structure. Il adopte les nouvelles technologies, il invente des représentations, il incarne un lieu pluridisciplinaire ouvert à toutes les expressions contemporaines : écriture, peinture, sculpture, musique, poésie, théâtre, danse, cinéma…

Au sein de ma démarche de créatrice de livres objets ou plasticienne du livre, le texte ou l’œuvre s’accorde à la texture du livre, pour en faire un objet imaginaire sans cesse renouvelé et inattendu. Le livre est ma véritable matière première, je tente d’inventer des formes qui investissent l’œuvre, la formalise, la séquence, la voile, la révèle selon le thème poétique ou artistique choisi. La structure traditionnelle du livre est dépassée afin de refléter l’expression de l’harmonie ou de la cassure entre les acteurs en œuvre. Ma démarche consiste souvent à détourner, contester les codes du livre afin d’en interroger et réinterpréter son rôle à chaque mise en œuvre.

Ma rencontre avec Lucien Clergue favorisa la naissance de « Nanolivres » précieux à très faible tirage. Le photographe arlésien m’offrit des tirages argentiques à incruster au sein de poèmes, me permettant d’initier ainsi des livres objets : soyeux pour « Les papillons », transparent pour « Les Zébrées », minuscule doté d’une loupe ancienne pour « Pulpe mauve », magnétique pour « Joyau du Spasme » ... 

Les livres objets qui sont nés de cette démarche, recouvrent une production formelle libre et hétérogène: ces œuvres d’art ne sont pas destinées à la diffusion car elles ne sont tirées qu’à quelques exemplaires signés.

Afin de concevoir et réaliser les livres objets je décline en collaboration avec des poètes, des peintres, des photographes et avec mon compagnon Bernard Soria sous le nom de Boris et Félicia :

- L’écriture, le collage, la cousure, le graphisme, la rêverie, la concertation…

- Des reliures originales en tissu ou en diverses textures, des reliures magnétiques, du Plexiglas, du bois, la récupération de matériaux anciens, la dentelle, les matériaux industriels… le laçage, le photomontage…

- Les papiers : Arches, Vélin d’Arches, Rivoli, Vergé, Canson, Rives, Poussière de Lune, en fibres végétales, Pop set, Papier froissé contrecollé, papier couché, papier chiffon incrusté de fleurs, papier baryté, calque dentelle, semi-opaque…

- Les fourreaux : de lin, de velours, de tissu noir à paillettes, de soie naturelle, chemises magnétiques couleur de nuit, chemise à poils électriques doublée de soie sauvage, chemise en alcantara gris souris incrustée de bulles de soie de couleurs…

- Les coques, les étuis tableaux, les stèles : en palissandre, en Plexiglas, en tissu or, en fourrure, en métal argenté…

- Des étuis enchaînés, étui miroir, étui en tulle gainé de guipure, fourreau de soir rouge fermé par une jarretelle noire ornée de rose rouges et plus si affinités…

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